« Mike Sylla », artiste sénégalais aux multiples facettes
« Le Pass » pour son premier numéro souhaite vous faire découvrir ou redécouvrir, Mike Sylla, artiste éclectique et riche en talents qui nous fait voyager dans la pluralité de la culture et de l’art sénégalais.
Né au Sénégal en 1961, il a vécu toute son enfance à Dakar, dans le quartier populaire de la Médina. Baignant dans un univers de fusions, de rencontres et d’ouvertures, il trouve très tôt l’inspiration au milieu des griots, ces amoureux du verbe et de la transmission orale.
« Baïfall Dream », la mode vue par Mike Sylla
C’est en France qu’il a décidé de s’installer depuis plus de vingt ans pour développer cette ouverture culturelle. Il s’est très rapidement fait remarquer dans le monde de la mode où son travail sur les peaux consiste à recycler des vêtements pour les transformer en pièces uniques. La mode selon Mike Sylla devient alors un support pour la peinture de nombreux artistes auxquels il propose d’exprimer librement leur créativité. Il s’inspire du diaxass, habit traditionnel des Baïfall, composé d'un patchwork de tissus de différentes couleurs. Cette recherche donne naissance, en 1990, à la griffe Baïffal Dream, pour des vêtements portés comme des toiles mouvantes où l’œuvre envahit la rue. « Mes créations sont des toiles ambulantes… » affirme Mike Sylla « …l'art est porté dans la rue à travers des œuvres-vêtements uniques ».
Le « Slam-Opéra », rassemblement avant-gardiste, pluridisciplinaire et artistique.
Mais, au delà de la mode, Mike Sylla a voulu mettre en scène ses « tableaux vivants » ; il s’intéressa rapidement au Slam, art d’expression populaire, joute oratoire où suffisaient, à l’origine, un stylo, du papier et un micro. Partant du constat que la jeunesse ne s’intéressait plus vraiment à la poésie, il a voulu lui redonner le goût des mots, la magie de la parole en la scandant, en la chantant, en la dansant. Il donne au Slam ses lettres de noblesse en y associant harmonieusement des instruments sénégalais comme la kora et le balafon. C’est ainsi qu’après ses premiers opéras Baïfall, présentés en Italie et en Finlande, il innove encore en créant le Slam Opéra. Léopold Sédar Senghor, qui écrivait dans ses chants d’ombre «que m’accompagnent koras et balafons», ne pouvait espérer meilleur metteur en scène que Mike Sylla, l'avant-gardiste. Le Slam Poésie chantée s’impose comme une véritable mode artistique et, sous la direction de Mike Sylla, prend l’ampleur et l’éclat d’un opéra. En y mêlant ingénieusement la poésie, la musique, la danse, le théâtre, la peinture et, bien entendu, la mode (domaine où il excelle), Mike Sylla donne un sens à la parole et nous rappelle qu’il vient de la culture de l’oralité. C’est dans cette rencontre de tous les arts que Mike Sylla s'approprie la sagesse des ancêtres et exprime ses valeurs en les fondant dans les formes de la culture urbaine. Il définit son travail comme « une passerelle entre les hommes et les cultures ».
« Le Théranga »
Il participe désormais à de nombreuses manifestations de renommée internationale telles que le Printemps des Poètes ou les Francofolies… mais c’est sans doute son désir de proximité qui l’a conduit à ouvrir récemment «Le Théranga». Dans ce Salon de thé du 17ème arrondissement, vous retrouverez, en plus des vêtements peints, des batiks, des sérigraphies et des bijoux, des expositions permanentes et vous pourrez y découvrir, tous les soirs, de jeunes talents : poètes, conteurs, chanteurs… Autour d’un thieboudienne (le vendredi soir) ou d’un thé à la menthe, Mike Sylla vous invite dans son univers en ce bar à palabre où vous revivrez toutes les senteurs, les saveurs, les couleurs et l’ambiance du Sénégal…
Initiateur du mouvement qui a lancé des artistes de renom tels que Grand Corps Malade, Abd Al Malik, John Banzaï ou encore Souleymane Diamanka, Mike Sylla ne cesse ainsi de nous surprendre dans sa soif de créativité et d’innovation. Alors entrez dans son monde et laissez vous séduire !