Pour rendre hommage à la reine peulh des podiums mais également à la femme engagée qu’était Katoucha Niane et qui nous a quittés le 2 février 2008, nous avons donné la parole à Imane Ayissi. Danseur et mannequin, il a entre autres accompagné Yannick Noah lors de sa tournée «Saga Africa». Amoureux des tissus, il s'est taillé aujourd’hui une solide réputation de styliste dans la communauté afro-antillaise. Depuis longtemps proche de Katoucha nous le remercions pour cet hommage qui laisse parler son cœur…
J’ai rencontré Katoucha il y a déjà bien des années à l’occasion d’un défilé qui avait lieu au «Monde de l’Art» à Paris. Quand nous nous sommes vus la première fois c’était comme si on se connaissait depuis toujours. Lors de ce défilé nous nous sommes croisés deux fois sur le podium, et à chaque fois j’ai oublié pendant quelques secondes où j’étais tant elle était impressionnante de présence sur un podium. Je suis devenu au fil des années comme une sorte de frère, parfois un peu protecteur quand sa fille me demandait de veiller sur sa mère. J’ai eu l’occasion plusieurs fois de la sortir de moments un peu délicats.
En plus de nombreux voyages que nous avons faits ensemble, j’ai travaillé à ses côtés quand elle était chargée des relations publiques de l’hôtel Pershing Hall. Pour la grande soirée d’organisation qu’elle avait mise sur pieds, j’avais assuré la direction artistique du spectacle. Là, tout Paris avait alors pu découvrir une autre facette des multiples talents de Katoucha. A cette occasion nous étions habillés entièrement de rouge, tous les deux.
Il faut dire qu’avant cela, j’assurais la direction artistique du bal de l’été de Monaco (que j’assure toujours…) et je l’avais invitée au bal dont le thème était « Out of Africa ». C'était une grande première, une fête sur le thème de l’Afrique à Monaco et l’occasion de voir les femmes les plus belles, les plus célèbres de ce continent. Katoucha devait naturellement en faire partie. Elle était arrivée évidemment en retard, mais splendide, dans une de mes robes, un fourreau drapé en velours noir.
La carrière de Katoucha, qui est née en 1960 à Conakry, avait commencé très tôt mais c’est dans les années 80 et 90 que sa carrière avait atteint des sommets. Les grands maîtres de la Haute Couture parisienne s'étaient arraché ce top model qui avait su porter très haut les couleurs du continent Africain. Elle avait bien sûr été l’égérie d’Yves Saint-Laurent, mais elle avait aussi sublimé les robes de Jean-Louis Scherrer, de Balmain, de Dior, de Valentino, de Gianfranco Ferré, de Paco Rabanne, d’Azzedine Alaïa, de Thierry Mugler, et il fut une époque où Christian Lacroix baptisait ses croquis " Katoucha ". Peut-on imaginer plus belle reconnaissance de la part de l’un des seigneurs de la Haute-Couture ?
Elle avait quitté le mannequinât après de très nombreuses années de carrière alors qu’elle était encore très demandée, mais elle ne voulait pas vieillir sur les podiums et pensait qu’après un certain temps il fallait savoir laisser sa place à de nouveaux talents. Elle était alors passée de l’autre côté du rideau et était devenue créatrice de mode à son tour. Puis les producteurs de l’émission de M6 " Top model " lui ayant demandé d’y participer comme coach, elle s’était intéressée au parcours de mannequins débutants et avait créé le concours "Eben Top Model" pour permettre à de jeunes filles issues du continent Africain de démarrer une carrière internationale, avec le soutien de grandes agences de mannequins comme Success, ou Metropolitan…
C’est elle qui m’avait fait découvrir le Sénégal, et à chaque fois que je suis retourné dans ce pays tellement accueillant, c’était toujours en sa compagnie. Elle adorait le Sénégal et avait voulu que je découvre et aime aussi ce pays. Un de mes souvenirs les plus marquants est ma visite avec elle de l’Ile de Gorée. Devant les fameuses portes pour l’aller sans retour nous avions été tous les deux bouleversés.
Mais Katoucha n’avait jamais oublié qu’elle avait subit l’excision à l’âge de 9 ans, épisode de son enfance qu’elle raconte dans son premier livre "Dans ma chair" publié en 2007 et qui relate sa vie avec une justesse émouvante. Elle s’investissait donc dans l’association KPLCE, qu’elle avait fondée dans le but de lutter contre cette pratique. Aujourd’hui, à 47 ans mère de trois enfants et grand-mère, Katoucha était plus que jamais une femme active.
Une reine reste une reine quoiqu’il arrive et Katoucha reste Katoucha, la fée des podiums, qui a fait rêver le monde entier, une silhouette de gravure de mode avec un port de tête sublime, dotée d’une grande générosité et d’une immense humanité qui l’illuminait. Katoucha est née avec une étoile de reine sur son front, pour régner en toute beauté. Une reine ne meurt jamais.